lundi 2 novembre 2015

Novembre-nouveau

Déjà novembre. Il ne fait pas vraiment froid, autour de 10-12 degrés, mais Bath est plongée dans une brume fantomatique depuis hier. Ça pourrait influencer mon moral, comme ça le fait parfois, mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, je me sens toute puissante, ou presque. J’ai des petites nouvelles pour vous.

Mais avant, un petit survol de ma fin d’été. J’ai lutté contre ça, mais j’ai passé l’été à attendre qu’il finisse. Tout en me disant, me répétant « Alex, profite de ton été anglais ». Malgré moi, je n’avais hâte qu’à ces choses qui arriveraient fin-août/début-septembre : la visite de Christine (qui coïnciderait avec mon anniversaire et un séjour à Brighton), le retour de Colin, mon fancy voyage d’affaires à Paris (et pourtant)… Alors après tout ça, je me suis sentie bien vide, toute seule avec moi-même, à tenter de me remémorer de quoi avait l’air ma vie normale « avant ». Aussi, nous avons fermé une des boutiques où je travaillais, pour le meilleur et pour le pire, ébranlant au passage mes heures et revenu garantis et remettant en question (encore) mon petit confort.

J’ai retrouvé mon équilibre depuis, mais j’ai désormais cette certitude : pas facile de garder cet équilibre quand nos piliers se trouvent dans un autre pays. Et cette crainte de certitude : revenir au Québec ne sera même pas si facile que ça. Mais on verra.

J’exagère quand même un peu en disant que je n’ai pas profité de l’été. Mon week-end dans le Devon, bord de mer, fut des plus agréables, de même que ma visite à Bristol pour le festival de montgolfières avec Holly, et ne serait-ce que mon petit quotidien dans le soleil, même si les Anglais disent qu’on n’a pas eu un bien bel été. Je suppose que mes attentes n’étaient pas très élevées. Et aussi, le bref passage d’Andy dans ma vie aura sans doute illuminé ces quelques mois de la même manière que j’ai pu illuminer les siens. Je ne vous en dis même pas plus que ça à propos de lui, désolée, mais je ne peux pas vivre avec l’idée de l’avoir complètement passé sous silence. Le nommer ici est une salutation, une petite reconnaissance.

Au cours des dernières semaines, l’océan Atlantique m’a semblé devenir une frontière poreuse, qui ne laisserait pas seulement passer mes gens du Québec vers l’Angleterre, mais qui permettrait aussi l’inverse. Car voilà, j’ai finalement réservé le billet d’avion qui me ramènera au Canada (ouin, je dis maintenant Canada), et ceci a provoqué un décompte, matérialisé l’idée du retour, jusqu’ici vague et niée. J’ai donc commencé à inviter mes gens d’ici à venir visiter mon autre vie. Il faudra un divan-lit dans mon nouveau salon. 21 juin 2016, notez ça à votre agenda : je vous reviens, et je ne sais pas trop dans quel état. Infiniment heureuse et infiniment triste à la fois. J’ai commencé à rêver à l’après. Je suis consciente de devoir bien bien bien profiter du maintenant, aussi convenu que cela puisse sonner.

Mon automne s’est autorempli, à mon insu, de journées qui se ressemblent, d’un cahier à colorier et de photos imprimées qui attendent encore d’être démêlées et assemblées dans mes albums. Ah, et de Gilmore Girls - j’ai réécouté les Gilmore Girls (et capoté en réalisant que j’étais désormais plus proche de l’âge de la mère que de celui de la fille). J’ai aussi eu la visite de Christine, fin août, et de mon éternelle Kalem, début octobre, à qui j’ai pu présenter ma ville, mes sentiers, mes lieux d’habitudes, quelques amis. Cuisiné de délicieux mijotés avec Christine, amené Kalem au mini-golf et au fish n chips que je n'ai pas digéré. Hum. Mais de savoureux moments.

Je vous disais donc, une des boutiques où je travaillais a fermé ses portes. Je travaille tout de même une moyenne de 4 jours/semaine,  ma collègue Clare faisant un cours à temps partiel en ce moment, mais je vivais jusqu’ici avec l’idée de devoir me trouver un nouveau sideline en janvier. Je me disais, tant qu’à être à l’étranger, avec quelques mois avant de replonger dans la vraie vie, pourquoi ne pas tenter quelque chose de différent? Un café? Ou un pub! fou de même. Mais je ne cherchais pas, sachant que j’aurais l’occasion de travailler à la patinoire dès la fin novembre, et ce pour 6 semaines. Sauf que parfois, la vie nous tend une job, et on la saisit.

Voici l’histoire. Elle comprend une allusion à Stephen Harper.

Je revenais d’une rencontre du Bath Film Festival pour lequel je ferai quelques heures de bénévolat au début décembre. J’avais pris un verre de vin et j’étais dans mon mode je-jase-et-je-suis-super-sociable. Je rejoignais quelques amis pour un verre dans ce petit pub… suis allée me commander un cidre et ai commencé à jaser avec le barman, qui m’a demandé de lui apprendre quelque chose qu’il ne savait pas. J’ai pris 2 secondes pour y penser et lui ai dit « Stephen Harper is out ». Il ne savait pas. On a jasé un peu politique, je lui ai dit comment c’était une bonne chose – n’en déplaise à mon grand-père -, puis il m’a dit « Je vais à mon tour te dire quelque chose que tu ne sais pas : c’est la première fois que quelqu’un répond à ma question. En général, les gens ne savent pas quoi dire. » Il m’a demandé ce que je faisais à Bath, j’ai dit que j’avais un visa de travail, puis il m’a dit que si ça m’intéressait, ils cherchaient quelqu’un à temps partiel. Ça m’intéressait. C’était totalement inattendu, mais ça m’intéressait follement. J’ai regagné ma table avec un air ahuri, dit à mes amis que je venais de me faire offrir une job. Ils m’ont encouragée à sauter sur l’occasion. Deux jours plus tard, je revenais au bar, manifestais mon intérêt au proprio. Puis, j’avais une rencontre informelle, puis j’avais la job, puis je commençais. Tout ça en moins d’une semaine. Alors voilà, je travaille comme barmaid dans un pub de 305 ans, le Old Green Tree. Levez la main, ceux qui sont surpris. Moi! Moi la première, la main bien haute. Et qu’est-ce que c’est bon, de se surprendre soi-même. J’ai encore beaucoup à apprendre, certes, mais quelle expérience, quel défi. Et sérieusement, combien de fois dans sa vie on se fait offrir une job pour son sens de la répartie? Si ça ne me levait pas autant le cœur, je remercierais presque Stephen Harper.

Des fois je me dis : j’aurais pu, vraiment pu, garder le cap sur cette autre vie. Ce bon emploi, cet appart, la chatonne, la coloc… J’aurais sans doute planifié un party retrouvailles de ma gang de la Grèce, de ma gang du baccalauréat, rêvé d’un xième voyage en Europe – parce que je n’en ai toujours pas fini avec l’Europe… Est-ce qu’il m’aurait manqué quelque chose? Est-ce que j’aurais eu conscience, tôt ou tard, que je passais à côté d’une autre occasion? À côté du UK, à côté de Bath, des amis, des nouveaux emplois, nouveaux défis? Est-ce que j’aurais pu être complètement heureuse, complètement moi-même, sans « ça », ce que je fais maintenant et que je ne sais plus comment nommer? Plus de l’ordre du voyage, ni de l’aventure… juste une portion un peu différente de ma vie, de ce qui fait moi de moi? Je n’ai pas de réponse.

Je rencontre pas mal de gens, ici, fiers de me dire qu’ils ont visité Toronto en 1983, que leur fils a passé 2 ans à Vancouver, etc. Et à tout coup, je hausse les épaules, je leur dis que ça a beau être « mon » pays, je n’y ai jamais mis les pieds – alors que j’ai probablement vu davantage du Royaume-Uni qu’eux-mêmes. N’empêche, ça commence à me titiller, cette envie de le découvrir, « mon » pays, cet endroit où j’aurais pu aller perfectionner mon anglais sans besoin de visa, sans la moindre paperasse, cette destination qui ne m’a effleuré l’esprit qu’en tant que plan B. Envie aussi d’explorer la Nouvelle-Angleterre, tous ces doublons de villes anglaises, ces vieilles colonies et comment elles se sont émancipées. Ces presque deux ans à l’étranger m’auront peut-être réorientée vers une étude de mes simili-racines plutôt qu’assoiffée de nouveaux continents. Et ce n’est pas plus mal.

Allez, en rafale. Un super séjour dans le Nord du Pays de Galles la semaine dernière; une nouvelle visite à Londres la semaine prochaine, entre autres pour un show de Patrick Watson; l’idée persistante bien qu’inassouvie d’une visite à Cambridge; le marché de Noël à venir et plein d’heures de boutique avec; le pub; la patinoire – ah ouin, parce que je n’ai pas renoncé à la patinoire malgré que j’aie déjà deux emplois, est-ce suicidaire? -, le festival de films; la visite de Joëlle-cerise; et une certaine idée de m’évader du côté de Prague en janvier – pourquoi pas?


Et vous, ça va?

mardi 14 juillet 2015

Bath, collection printemps-été 2015


Allo!

Je sais, je sais. Longtemps que je n’ai écrit, donné de nouvelles, mais voilà, toujours faut-il que nouveau il y ait. Je fais un effort aujourd’hui, et rassemble les bouts de nouveau et le vieux renouvelé pour vous faire un petit portrait de mon quotidien anglais.

Je change un peu la donne cette fois. Je vous écris non pas de mon café préféré, mais de mon café-pub préféré, le Colonna & Hunter, endroit trendy, lumineux et inspirant dont les bières artisanales se renouvellent chaque semaine et où je me fais un plaisir de retrouver tous mes amis locaux, et de traîner tous mes visiteurs. Vous êtes d’ailleurs prévenus, si vous passez par Bath, je vous amène ici.

Première des choses, j’ai franchi la semaine dernière le seuil des trois mois de probation chez Treaty/Pluck & Lustre, ce qui signifie que je suis maintenant « permanente » - dans le sens le plus limité du terme, il va sans dire. Après avoir fait du temps plein pendant tout juin pour remplacer une collègue en vacances, je retombe à un horaire de quatre jours par semaine, assez pour vivre convenablement et assez pour profiter de ma vie d’exilée à côté.

Quand je repense à cet emploi d’adjointe commerciale que j’avais espéré décrocher dans une maison d’édition à Bath, je me dis finalement « Mais quelle chance que je ne l’aie pas eu ». Quelle chance que j’aie plutôt été forcée d’essayer quelque chose de nouveau, de différent, d’aller chercher une nouvelle expérience, et que dire de la diversité que m’offre mon emploi actuel ? Être mandatée pour développer le marché en France, où l’accueil pour nos bijoux est assez bon qu’il justifiera une participation au salon de bijoux Bijorhca de Paris en septembre (!), faire un peu de traduction, avoir une équipe franchement adorable, et bien sûr travailler dans les boutiques, changer la vitrine, sortir les paniers, fleurs, coussins, foulards dehors pour montrer qu'il y a un joli petit commerce dans cette rue tranquille. Les gens s'arrêtent pour prendre la devanture en photo et j'ai l'impression de participer à la joliesse de Bath. J'aime tourner mon écriteau Closed/Open, allumer une chandelle, faire mon plancher et simplement commencer ma petite journée, jaser avec le facteur, servir les clientes... sans devoir leur créer de compte VIP... Et vous savez la meilleure ? Cette fameuse maison d’édition qui me faisait de l’œil, un nouvel ami m’a confié avoir plusieurs amis y travaillant, et que ceux-ci sont sous-payés, épuisés, et qu’il n’y fait vraiment pas bon travailler. Merci la vie.

Je m’en veux d’avance de vous débiter en cascade tout ce qui suit, et m’en veux de ne pas accorder à chacun de mes précieux visiteurs plus de quelques mots, mais vous constaterez que j’ai eu un printemps bien rempli. Ma nouvelle coloc espagnole, Alicia, a emménagé tout juste comme ce beau monde semblait se passer le relais pour me visiter, et n’en revenait pas de ce défilé. Je me sens effectivement choyée.

Alors d’abord, j’ai reçu la visite de mon petit papa à la fin avril, visite que nous avions fait coïncider avec la visite de Benoit et sa famille en Colombie Britannique, permettant à mon père de sous-louer son appartement à 5 minutes de chez moi et de rendre tout le monde bien content. J’ai donc eu le plaisir de passer deux jours à Londres avec mon père, puis de lui faire découvrir ma ville, et enfin de découvrir avec lui un petit bout du Pays de Galles, Swansea et son joli petit voisin le Mumbles Pier ainsi que Cardiff, capitale malheureusement assez grise le jour de notre visite, nous autorisant à nous réfugier au pub sans plus de culpabilité. Étrange et réconfortant de constater comment il redevient vite normal d’être en compagnie de son père. Quelques heures après nos retrouvailles, et malgré le cliché de la chose, c’était comme si on s’était vu la semaine précédente. Puis mon indéfectible Catherine, dont la longue amitié n’a jamais été entaillée par nos exils et silences respectifs, m’a rejointe une semaine à Bath, encore une fois, comme si on s’était quittées une semaine auparavant. Elle et Amélie se sont croisées le temps d’un sympathique café, cristallisant cette image farfelue de la visite à relais. Amélie, je pense pouvoir le dire sans me tromper, est tombée amoureuse de Bath, et son regard sur ma ville a ravivé le mien.

À force de ces visites, j’en suis venue à me dire que je ne pouvais refaire toujours les mêmes activités en boucle, aussi charmants soient le Jane Austen et le Sally Lunn’s tearooms, aussi fascinant soient les Roman Baths, etc. Alors avec Catherine, j’ai entre autres longé les écluses du canal et pris un verre au populaire mais excentré Bathampton Mill, avec Amélie j’ai visité le No1 Royal Crescent, reconstitution saisissante d’une demeure géorgienne.

J’ai ensuite accueilli mon amie-petite sœur Angela (je ne peux m’empêcher de la revoir adolescente alors que je travaillais à La Promenade, moi jeune adulte universitaire) avec son gentil et amusant copain anglais, James, pour une petite journée. Angela ayant elle-même vécu plusieurs mois en Angleterre juste avant ma venue (à quelques kilomètres de Bath à peine, qui plus est), mais ne nous étant pas croisées dans l’intervalle, notre rencontre se situait entre le surnaturel et le pur plaisir de nous retrouver ici.

En juin, j’ai retrouvé pour une dernière fois ma chère Sabrina le temps d’une visite à Londres, juste avant son retour au Québec après sa session universitaire à Strasbourg. La visite des studios d’Harry Potter, comme j’arrivais à la fin de ma relecture des romans, fut assez magique, si j’ose m’exprimer ainsi. Puis déambulations dans la ville ; verre dans Camden Town ; déjeuner au Cereal Killer, littéralement un bar à céréales ; arrêt obligé à la célèbre traverse piétonne d’Abbey Road, où il fut des plus ardus de prendre une photo souvenir, en bonnes touristes qui se respectent (ou qui se moquent de faire les touristes) ; demi-représentation de King John au Shakespeare’s Globe (oups, je n’étais pas censée dire qu’on était parties à la moitié hein ?) ; lunch au Borough Market, et dernier dernier verre avant on n’est pas sures quand, dans Shoreditch, parce que Shoreditch, c’est la vie. Se faire un tatouage temporaire (yolo) et être un peu émues de se dire aurevoir à Victoria Station…

Puis une visite inattendue de la part d’Anne-Sophie, vous savez cette amie que vous aimez beaucoup mais que vous n’avez jamais connue en dehors de son couple ? Et vous aimez aussi beaucoup son copain, mais vous n’avez pas non plus connu celui-là en dehors dudit couple.  Et puis voilà que le couple se dissout alors que vous êtes à l’étranger et que vous n’osez écrire ni à l’un ni à l’autre, prenant soudain conscience que vous ne connaissez personnellement ni l’un ni l’autre ? Voilà, vous y êtes, cette amie-là.  Je suis convaincue que j’aimerai tout autant l’ex-copain dans son entité individuelle quand j’aurai la chance de le revoir, mais ce fut un réel plaisir de « rencontrer » Anne-Sophie à Bath, presque pour une première fois. De belles et franches discussions, diversement arrosées, des rires, des confidences, et aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai un peu l’impression de m’être fait une nouvelle amie.

Voilà qui clôt presque mon festival des visites Printemps-Été 2015, ne reste qu’à mentionner la plus jolie des surprises de mon ex-collègue Québec-américaine Louise, qui passait tout bonnement par Bath dans son voyage anglo-écossais-irlandais et qui a pris la chance de m’attraper à ma boutique – quelle charmante visite !  

Il y a deux semaines, nous avons goûté quelques jours de canicule, tout un événement pour une région où la climatisation est un concept assez limité, sinon franchement superflu, la majeure partie du temps. Alicia et moi avions chaud, je ne le nie pas, mais nos constitutions espagnole et québécoise ont de bon que nous sommes habituées à de tels extrêmes. Alors que dans le cas des Anglais, ohlala ! Je pense qu’ils ont tous un peu fondu. Holly entre autres était drôle à voir. Oh et par rapport à mon logement, je ne sais plus vraiment ce qui se passe ou s’en vient. L’appartement qu’Holly avait voulu acheter s’est révélé un paquet de problèmes, engloutissant beaucoup de temps et d’énergie. Si elle continue de magasiner plus ou moins activement d’autres appartements, il n’est toutefois pas garanti que le prochain comprendra une chambre pour moi. Nous gardons toutefois l’appart actuel jusqu’ la fin août, minimum. Et j’ai décidé d’arrêter de m’inquiéter des si peut-être mettons que.

Un mot sur mon coach de tennis, parce que j’avais été assez frivole, ou naïve, ou je ne sais quoi, pour écrire ici que je m’y étais attaché le cœur. Un mot parce qu’à quoi bon le taire, parce que les nouvelles ne peuvent être que fleuries et joyeuses. Un mot tout de même serein, maintenant dépourvu de rancœur, pour dire qu’il est parti pour l’été en Amérique du Sud, promesse d’aventures à n’en plus finir, et pas de place dans son sac pour une quelconque attache, à une quelconque jeune femme qui de toute manière sait son temps en terre anglaise limité. Oh il reviendra, mais on ne sait pas ce que la Suite aura à dire pour sa défense.

Je sais que j’écris ça chaque fois, mais mon statut de coureuse est toujours aussi intermittent. J’avais recommencé assidument quand Colin est parti parce que j’avais tout à coup pas mal plus de temps à moi – et quelques émotions à brûler -, mais mon rythme de vie s’est réarticulé autour de son absence, le tourment s’est apaisé, et la course a perdu un peu de sa nécessité. Y suis malgré tout retournée il y a deux jours, et aspire encore et toujours à être plus assidue…

Je n’ose pas dire que c’est complètement décidé, mais je fais de plus en plus mon deuil d’une visite au Québec d’ici la fin de l’aventure. Parce que tout déboulera très vite, que j’irai à Paris en septembre, que j’aurai plusieurs visiteuses (ouin, y a juste des filles qui me visitent, avis à vous garçons) en automne, puis que rapidement ce sera Bath on Ice à nouveau (je meurs déjà d’impatience à l’idée de rechausser mes patins), et qu’ensuite il ne restera que ce dernier stretch, ces derniers cinq ou six mois avant le vrai retour (et je ne veux même pas y penser).

Je vis assurément une période fascinante, une vie dédoublée, où rien ne me semble plus normal que de vivre à Bath, que de m’acheter une robe dans un charity shop, parler de la pluie et du beau temps en anglais avec la caissière à la coop, mon épicerie locale, travailler dans mes deux langues, garder Freya (en français) puis souper avec Erica et Benoit (français et anglais), planifier une petite excursion à Weston-super-mare pour le jour suivant, aller passer un week-end à Londres, croiser des boites téléphoniques ou postales rouges, passer l’après-midi à lire devant le majestueux Royal Crescent, désormais un pan normal de mon décor. Mais savoir, tout de même, qu’il y a cette autre maison qui m’attend, vous avec, le reste de ma vie avec. Y rêver de moins en moins régulièrement, mais y rêver quand même. Regretter de manquer les francos, le Marché des possibles, les pique-niques au parc Laurier, les cafés glacés chez Bello, les tours de décapotable, la Tandem, le chalet polonais. Savoir qu’un jour je retrouverai tout ça, mais qu’alors tout le reste ici me manquera, mes colocs, mes collègues, mes amis, mes petites rues, le facteur, la caissière, la pluie, le beau temps – et souvent les deux dans la même journée -, le Royal Crescent et le fait qu’il soit normal d’y passer l’après-midi à lire. Il m’apparaît parfois que je passerai le reste de ma vie à être en deuil de cet endroit. Mais je ne suis pas vraiment triste, je pense même être infiniment chanceuse.

Quelques petits plans estivaux : une petite visite à Londres cette semaine – je sais, encore ! Mais Londres ! Quand d’autre dans ma vie habiterai-je à 3 heures de Londres ? Il y a encore tant à voir ! Et puis maintenant qu’Amélie y habite, j’ai une raison de plus de vouloir y aller. Aussi, deux ou trois jours dans le Devon, chez une tante d’Holly qui a une maison près de la mer (espérons du beau temps) et deux jours à Brighton pour mon week-end d’anniversaire, quand Christine, ma chère ex-coloc, viendra me visiter. Et sinon, simplement lire au parc, encore et encore, respirer le parfum des coquets jardins anglais, me balader dans ma toujours magnifique ville, voir des amis, boire des cafés, des ales, des cidres, aller au Bristol International Balloon fiesta, et juste être là.

Profitez quand même de Montréal, de Mont-Tremblant, de l’été québécois pour moi.

mardi 14 avril 2015

Des petites nouvelles… et une grosse.


Aujourd’hui, c’est un peu l’été à Bath. J’expose mes petites jambes blanches au soleil pour la deuxième fois en une semaine, le soleil est chaud, le monde est beau. Et j’expérimente une chose à la fois étrange et très agréable : je n’ai hâte à rien. Bon, ça a l’air un peu plate dit de même, mais la vérité est que ce mardi 14 avril fait tellement bien la job que ça me suffit d’être aujourd’hui. Bien sûr, la visite de mon père dans 2 semaines, puis celles de Catherine et d’Angela, mon déménagement prochain avec Holly… tout ça me sourit. Mais tout autant que de déguster un café glacé dans mon café préféré (again), par une journée splendide, en vous écrivant, sachant que j’irai ensuite retrouver mon petit amoureux anglais. Je sais, le MOMENT PRÉSENT sonne un peu cul-cul, mais j’en tire le meilleur.

Première jolie nouvelle : je me suis trouvé un petit emploi à 3 volets, où j’ai commencé il y a deux semaines. Il faut dire que je me suis d’abord cassé les dents sur plusieurs jobs administratives, espérant faire valoir mon expérience en commercialisation et aspirant à faire un salaire décent, mais me butant à refus sur refus, ou plutôt silence sur silence. J’ai même appliqué pour un poste d’adjointe commerciale dans une maison d’édition grand public, me disant ça y est, c’est idéal, c’est pour moi (littéralement le poste que j’ai rempli pendant 3 ans chez QA), et je vous avoue avoir versé quelques larmes en apprenant qu’on ne daignait même pas me convoquer en entrevue. Près de deux mois que j’étais revenue à Bath et que je n’arrivais pas à me trouver d’emploi. Je me suis même dit, même si c’était ridicule, que Bath ne voulait plus de moi, et j’avais l’impression de toucher le fond. Puis j’ai ramassé mes miettes de résilience éparpillées un peu partout et me suis dit que j’allais appliquer à nouveau dans des boutiques, mais des jolies boutiques, parce que manifestement aucune porte ne s’ouvrait à moi côté administratif. J’ai imprimé mes cv en couleur et me suis acheté du fil et du ruban pour tenter de me démarquer du lot. Au lendemain de ma distribution #1, me promettant de remettre la chose tant que ça ne débloquerait pas, j’étais convoquée en entrevue. Trois jours plus tard, j’étais embauchée. Non seulement dans la jolie boutique dans laquelle j’avais appliqué, Pluck & Lustre (déco, bijoux, trucs de maison, chandelles, savons, fleurs en soie…), mais aussi chez sa petite sœur, Treaty Outlet (que bijoux). Et, et! On me demandait de donner un coup de main à la « maison mère », la marque de bijoux, pour faire la traduction de leur site web et aider au développement du marché français. Tsais quand les choses se placent.

Bon, je ne fais officiellement que 3 jours par semaine pour l’instant, mais ma première, incluant mon training, fut de 5 jours; ma deuxième, incluant le remplacement d’une collègue, fut de 4, et il est prévu que je fasse un brin de traduction à la pige à l’extérieur de mes heures de boutique, sans compter que mes collègues songent à prendre des vacances prochainement, profitant du fait que je sois disponible. Alors donc, je continue de chercher semi-activement un 2e emploi, mais je savoure également le fait d’avoir un peu de temps libre ET la garantie que j’aurai de quoi payer mes prochains loyers, juste comme le beau temps pointe le bout de son nez. Je flirte aussi avec la possibilité de faire des tours guidés pour des groupes d’étudiants français. Ça ne serait sans doute pas avant la fin de l’été, mais il faudrait que je commence à me préparer tranquillement en suivant moi-même des tours et en accumulant les anecdotes. Pourquoi pas!

Bon, vous voulez savoir c’est quoi, ma grosse nouvelle, hein? Eh bien dimanche je rencontrais ma patronne de Québec Amérique, Caroline, à Oxford (je sais, y a pire comme lieu de rencontre!) et je lui annonçais que je n’étais pas prête à rentrer. Petit récapitulatif : j’avais à la base demandé un congé sabbatique d’un an, qui se serait terminé en août prochain, et devais, au printemps, lui confirmer – ou non – mon retour. Alors voilà : je ne rentre pas. Pas tout de suite, pas en août. Ou en fait oui, je prévois venir vous faire un coucou à la fin de l’été, août/septembre, mais pour revenir passer une deuxième année ici, deuxième et ultime année permise par mon visa. Il y a un an, j’entamais résolument les préparatifs de mon grand saut dans le vide, j’étais grisée par l’inconnu, le risque, l’aventure. Aujourd’hui, je sais très exactement ce que je choisis : je choisis une vie bien réelle, que je me suis reconstruite ici, je choisis une ville qui me séduit encore chaque jour, je choisis des gens extraordinaires à qui je ne suis pas prête à dire au revoir, je choisis un nouveau travail où j’ai des chances d’avancement, avec une petite équipe adorable, je choisis la possibilité de faire encore quelques voyages européens – restent entre autres l’Irlande, Prague, Vienne sur ma liste -, je choisis de perfectionner mon anglais davantage, je choisis de vivre jusqu’au bout ce trip incroyable. Et puis je sais que la famille, les vrais amis seront encore là à mon retour. QA aura été le cœur de ce qui rendait ma décision difficile, mais qui sait s’il n’y aura pas encore une petite place pour moi, peut-être différente de celle que j’ai quittée, quand viendra le temps de revenir?

Je vous avoue, par ailleurs, que l’hiver que vous venez de traverser n’a rien eu pour me convaincre de rentrer, ni l’austérité qui règne sur le Québec en ce moment. Je continue de me tenir informée, malgré la distance, et j’ai mal à mon identité nationale. Je ne dis pas que je m’identifie davantage à la politique british – je devrais d’ailleurs m’y intéresser davantage, surtout que nous sommes en période électorale -, mais mon Québec m’a déjà paru plus près de mes valeurs, plus optimiste, plus prometteur, et il ne me tarde pas de regagner le terrain de jeux libéral que je vois d’ici.

Et puis quelques nouvelles en vrac :

La semaine dernière, il y avait une foire ambulante dans un des parcs de Bath. J’y suis allée en début de soirée avec Holly, Colin et quelques amis, il faisait un temps magnifique, tout doux, un peu rose. Des montgolfières s’élevaient à proximité, les manèges me tournaient un peu la tête et la barbe à papa goûtait les promesses de début d’été.

Je suis un peu paresseuse côté course, toutefois j’ai joué au volleyball deux fois la semaine dernière, au parc, et je suis impatiente de recommencer! Sinon, j’ai enfin recommencé à lire (je sais, c’en est honteux, des mois que Sherlock Holmes m’avait découragée d’ouvrir un livre!). Je lis les Harry Potter en anglais et c’est vraiment encourageant de lire vite à nouveau. Je me dis que c’est assurément bon pour mon anglais. J’ai tout de même fait une petite récolte de livres québécois lors de mon passage à la librairie du Québec à Paris, ils attendent sagement leur tour. Car ouin! Paris! Suis allée y passer un week-end avec Sabrina pour célébrer son anniversaire à la fin mars. Ce n’était pas ma première visite, mais c’était la première fois de Sab, et ironiquement je n’étais encore jamais allée au Louvre, situation à laquelle nous avons remédié ensemble. En outre, nos trois jours furent un très beau mélange des incontournables parisiens et de balades et découvertes hors des sentiers touristiques. Nous sommes allées au théâtre de la Huchette voir La Cantatrice chauve, avons bien mangé, bien bu, bien ri, bien jasé. Et avons été fort bien accueillies par Paul, frère de mon bon ami de Bath, Benoit (j’aurai bientôt rencontré toute sa famille!) dans son joli appartement du 10e. J’en oublie presque le désagrément de mes deux nuits d’autobus – économie oblige!

Bon, mon café est sur le point de fermer! Je vous dis à tout bientôt!



mercredi 18 février 2015

Bath sweet Bath, et plein d'autres aventures


Que diriez-vous de quelques nouvelles?

Après des mois de silence, il pourrait être difficile de trouver par où (re)commencer, et pourtant non, pourtant ça va de soi :

Au lendemain d’une nuit d’autobus, de bateau, d’autobus et d’autobus encore, j’ai remis les pieds à Bath il y a une petite semaine et demie, par une journée radieuse, tiède et douce, une lumière de début du monde. Et tout faisait sens. Il faisait sens de revenir, sens de retrouver cette ville dont je suis encore amoureuse, de jeter un regard renouvelé sur ses rues et bâtiments couleur de miel. Sens de retrouver ma chambre, et « mon » café, mes endroits préférés, et Holly, et Benoit, et les autres, et … Colin – une raison de plus, s’il en fallait, d’aimer Bath.

Car pendant tout un mois, j’étais repartie vagabonder en terre européenne (un jour, peut-être, j’en reviendrai de l’Europe). Un itinéraire un peu brouillon, allant dans tous les sens, mais tissé de rencontres, de retrouvailles.
·      Re-petit saut à Londres avec Arianne - qui était d’ailleurs venue me visiter à Bath pour le Nouvel An! - dans un adorable studio de Shoreditch.
·      Strasbourg et la chambre-cabine de bateau de Sabrina, qui y fait présentement un semestre (et qui viendra me visiter à Bath ce week-end!). Revoir Strasbourg la belle, des années après ma première visite, dans un contexte tout différent. Revoir Pauline, et revoir P-A. Les choses changent, passent, mais il est bon de constater que certaines demeurent.
·      Augsburg, Allemagne, chez ma charmante correspondante Cornelia, rencontrée à Manchester en septembre dernier. Une ville toute en élégance, toute en histoire, de son Golgen Hall à son musée de marionnettes, en passant par cette curieuse ville dans la ville, Fuggeri, et la visite d’un ancien bunker de WW2.
·      Toulouse, la ville rose, et un accueil délicieux chez la mamie de Benoit (mon ami toulousain vivant à Bath, travaillant à « mon » café). Des crêpes à profusion, une visite guidée de la ville… par une guide française… en anglais… en compagnie d’un groupe de supporters de l’équipe de rugby de Bath (qui jouait contre Toulouse ce week-end-là! (Et qui a gagné!)). Et croiser JohB, sorti d’un autre espace-temps, le temps d’un dîner gargantuesquement végé, d’une balade à vélo, d’une marche dans la ville.
·      Madrid, froide, imposante Madrid, entre deux rides de Bla bla car. Des perles dans la ville : le Palais de Crystal, le marché San Miguel, des édifices majestueux, immaculés, des jolies boutiques. Mais peut-être trop grande pour moi seule, Madrid. Pour moi qui n’aspirais pas vraiment à enchaîner les nuits blanches, qui m’y sentais un peu brusquée.
·      Séville! Mon coup de cœur du voyage. Un rendez-vous magnifique avec mon éternelle Kalem, que je n’avais pas vue depuis plus d’un an. Ville magique, sinueuse, romantique; des jardins, des palmiers, des tapas; des têtes de taureau, des churros, des tuiles multicolores.
·      Lisbonne, Sintra, Porto. Villes d’eau, de couleurs, de saveurs. Y rencontrer deux filles adorables me rappelant comment il est simple de fraterniser avec des Québécoises. Solène et Stéphanie, vous êtes fraicheur et joie de vivre, votre parcours m’inspire et me sourit. Retrouver, aussi, Arianne et Sabrina, rendez-vous un peu plus gris que nous l’avions espéré, mais à la fois très azul, très beau. Et arrosé de porto!
·      Et enfin Amsterdam, mon coup de cœur numéro 2, d’abord pour un rendez-vous insensé de quelques heures avec Christine, ma colocataire de Montréal devenue précieuse amie, sur sa route de retour d’Asie. Bonheur de nous sauter dans les bras à l’aéroport, de passer ces quelques heures à tout vouloir rattraper – au point de sauter dans le mauvais train et de s’en apercevoir 45 minutes plus tard -, puis déchirement de nous dire au revoir presque aussitôt. Et Amsterdam, ensuite, chez Amélie, ma jumelle d’aventure, qui a quitté Montréal à peu près en même temps que moi pour aller voir si sa vie ne l’attendait pas quelque part ailleurs – dans une splendide ville européenne, pourquoi pas? Ne cherchez pas trop loin pourquoi nous nous entendons si bien. Quelques musées, dont l’incontournable, troublante Annexe d’Anne Frank, dont je finissais à peine le journal. Une virée à Utrecht, un mémorable lift sur le vélo d’Amélie, des balades, des cafés, de l’écriture, des petits plans pour la suite, une esquisse de bilan de mi-parcours.

Parce que oui… mi-parcours : 6 mois ont passé depuis mon départ de Montréal, et j’arrive plus ou moins à y croire, plus ou moins à me souvenir qu’une autre vie m’attend en parallèle. Peut-être une des raisons pour lesquelles je n’ai pas écrit depuis si longtemps, que j’oublie de « checker in ».  Je suis rentrée à Bath presque comme on rentre à la maison, le paradoxe du voyage dans le voyage. Bilan? Je ne sais trop. Heureuse, oui, sans aucun doute. Un brin anxieuse de me trouver à nouveau en mode recherche d’emploi, aspirant à peut-être mieux que de travailler dans une boutique, à peut-être utiliser mon cerveau un petit peu plus, et ce aussi vite que possible. Mais vous savez ce que c’est… rédiger une lettre de présentation est déjà laborieux en français, maintenant imaginez dans votre langue seconde. C’est ça.

Peut-être tout de même vous dire quelques mots sur mon effervescent décembre, qui m’a déposée au début de janvier comme sur une plage après naufrage. Mais un très beau naufrage. D’abord travailler à L’Occitane, beaucoup, m’y sentir bien, de plus en plus confortable, mais à un rythme de plus en plus effréné. Ensuite renouer avec le patin – ex-patineuse artistique que je suis – en travaillant comme surveillante de glace à Bath on ice. Sans doute la meilleure chose qui soit arrivée à ma vie sociale depuis mon arrivée à Bath! Une équipe jeune, drôle, légèrement disjonctée. Des soirées à jouer au hockey, à aller boire des verres avec les boys, et aussi, oserais-je vous dire? à fréquenter un certain coach de tennis travaillant sur les courts juste à côté… Je citerai mon père : « Fallait bien que ça arrive un jour ou l’autre! » J’ajouterai seulement que je lui ai fait essayer une poutine dimanche dernier sur Brick Lane, à Londres, et qu’il a BEN aimé ça. Bon, c’était pas la poutine de ma vie, mais après 6 mois sans, la fille était contente.

Alors voilà, l’idée des jours/semaines à venir est de doser recherche d’emploi, lecture, activités sociales qui-ne-coûtent-pas-trop-cher-car-mon-budget-a-hâte-au-retour-d’impôt, course, yoga… me mettre au tennis peut-être? Et loin de moi l’idée de tourner le fer dans la plaie très à vif de votre hiver québécois, mais je dois tout de même vous dire qu’à Bath, c’est presque le printemps. Aujourd’hui : temps splendide, 10 degrés, porter des petits souliers. Les fleurs commencent à sortir, je me suis acheté des jonquilles, et des citrons, car je traîne un petit rhume. Parler de mon rhume = n’est-ce pas là le signe que je commence à avoir fait le tour? Je me promets néanmoins de vous revenir sans trop attendre cette fois. Avec une belle nouvelle je l’espère, un bel emploi stimulant, s’il vous plait s’il vous plait!

À tout bientôt x

dimanche 26 octobre 2014

Quand la voyageuse jette l'ancre


Je pense que ça fait 5 ou 6 fois que je recommence ce billet, au cours des dernières semaines. Je ne sais pas très bien ce qui m’empêche de le terminer à chaque fois, peut-être l’impression que le récit de mon petit quotidien n’est pas assez excitant, peut-être que je suis trop paresseuse. Mais cette fois, ça y est : je vous dis tout, ou presque.

Plus d’un mois déjà que j’enfonce timidement mes racines dans le sol de Bath, tentant d’y recréer une sorte de chez-moi, une sécurité. Et vous savez quoi? Je m’en sors pas trop mal! Bien sûr, c’était l’idée : trouver un appartement, trouver un emploi, rencontrer des gens… mais de voir tout ça prendre forme, comme les panneaux d’un décor que je n’avais jusqu’ici qu’imaginé, s’élever sous mes yeux, c’est plutôt gratifiant!

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J’ai arrêté de me demander où j’étais à chaque fois que j’ouvrais les yeux le matin. Je suis chez moi. Oui, c’est ici chez moi maintenant. Avec Holly et Robin, mes deux adorables colocataires, nos bouffes communes, nos parties de Scrabble, nos soirées cinéma. Avec une laveuse, et un lave-vaisselle, et des fleurs dans des vases, et le piano. Le piano de Robin, dont je savoure chaque note, ou à peu près. Avec beaucoup de dessert (car c’était en spécial à l’épicerie), de vin, de thé sucré, beaucoup de rires et de belles discussions, beaucoup de projets de sorties, d’escapades.

J’ai arrêté de m’inquiéter de comment je pourrais payer le prochain loyer, ou celui d’après, car j’ai finalement trouvé un travail, après plusieurs semaines de recherche. Bon, pas très British comme compagnie, mais je suis vraiment en train de tomber sous le charme de L’Occitane en Provence, de ses produits, de sa mission, et de mes si gentils collègues! Passé l’angoisse du premier jour – mon dieu comment se peut-il que je sois en train de faire des hand massages à des inconnues en leur jasant en anglais? – j’ai commencé à prendre confiance et à vraiment apprécier l’expérience. Renouer avec le service à la clientèle, les emballages, les étalages, les boites à charrier, les commandes à défaire. Et avec le sourire! Mais ça me va, tout ça, vraiment. Et puis c’est un contrat jusqu’à Noël, ce qui me permettra de prendre une petite pause voyage en janvier, et puis je trouverai bien autre chose ensuite.

J’ai arrêté de m’excuser pour mon anglais. Bien sûr celui-ci n’est toujours pas parfait, mais je me dis : les gens constatent bien que j’ai un accent, ils sont bien capables de comprendre par eux-mêmes que ce n’est pas ma langue première. Et à quoi bon vouloir me protéger des erreurs que je ferai invariablement, en annonçant d’abord celles-ci? J’ai autorisé mes colocs à me corriger, et je leur pose beaucoup de questions, la plupart n’ayant pas de réponse simple. Quand utiliser begin plutôt que start? Ou respond plutôt que answer? Aussi, j’ai commencé à lire en anglais, le tout premier Sherlock Holmes, pour mon club de lecture (montréalais celui-là, auquel je tenterai d’assister via skype). Je surligne tous les mots inconnus, dont je cherche ensuite la traduction. Un bon exercice!

Et puis sinon?

Sinon, il y a ce cours de swing, que j’ai commencé à suivre tous les mardis, où je connais désormais tous les visages à défaut de tous les noms. Je fais un peu de yoga pratiquement tous les matins dans ma grande chambre lumineuse, et je vais courir 3 fois par semaine, rentabilisant enfin le fait d’avoir traîné mes souliers de course pendant presque deux mois! J’en profite pour saluer les moutons à à peine 5 minutes de chez moi (je suis à 30 minutes à pied du centre-ville de Bath).

Sinon, il y a ce charmant café que je fréquente assidument, où l’on se souvient désormais de ma commande, et tous les autres qu’avec Holly nous nous sommes donné pour mission de découvrir (avec une part de gâteau, pourquoi pas?). Il y a cette soirée d’Halloween vintage et la tenue que j’y arborerai, finalisée hier. Il y a cette coupe de cheveux qui fut une bénédiction, après des semaines à ne plus me pouvoir.

Et puis il y a ces moments. Ces moments tellement pleins, où j’ai peur de me casser de trop de bonheur. Juste de prendre conscience que je suis là, que je me suis rendue jusqu’ici, par moi-même; que la lumière est magnifique, que la ville est magnifique; que les gens sont si gentils, si souriants, si polis; que le libraire me reconnaît, ou le gars du café, croisé par hasard sur la rue : on me reconnaît sur la rue! J’appartiens, un peu, à cette ville. J’y reçois du courrier, car j’ai maintenant une adresse anglaise. Je suis en train de vivre la plus grande réalisation de ma vie jusqu’ici. Et ça me ressemble.

Ce n’est pas un hasard si je suis à Bath, si j’ai choisi Bath : vivante, mue par ses innombrables festivals, foires vintage, antiquaires, théâtres, musées, cinémas, bars sympathiques, cafés, salons de thé… Les prochaines pages de mon agenda sont de plus en plus remplies. Un ballet contemporain ce jeudi avec deux collègues, une virée à Shrewsbury le week-end prochain avec ma coloc, une journée de formation à Bristol la semaine suivante, puis Bonfire Night, Wells Carnival, Bath on ice, et dans un futur pas si lointain le marché de Noël qu’on me promet magnifique.

Je ne regrette pas une minute.

jeudi 18 septembre 2014

Tout ce qui monte doit redescendre


Des jours que je tente de vous écrire, et que l’ampleur de la tâche finit par avoir raison de moi. Petit indice qui n’en est pas un, me revoilà à Bristol, dans un café de jeux de société (!) à siroter mon latte quotidien. C’est maintenant que ça se passe, la productivité.

Alors nous remontons au vendredi 29 août. Nous (vous et moi) arrivons à la gare de Liverpool et, pour la première fois, je dois recouvrir mon sac de son imperméable personnel et le trimballer sous la pluie. Il fait peut-être 15 degrés, il pleut, et je me perds dans la ville en tentant de trouver mon hostel, chaudement recommandé par Jasmine. Oh, ai-je dit qu’il pleuvait?  Mais tout va bien, je suis contente d’être là, je ne suis pas pressée, il me tarde de découvrir cette ville mythique – enfin, mythique pour moi. Oui pour avoir vu naître les Beatles et tant d’autres bands, mais pour son aura industrielle slash portuaire slash culturelle. Honte à moi-même (ou pas), mais j’ignorais avant d’y mettre les pieds qu’elle était également archi-réputée pour son équipe de foot.

Après un petit détour involontaire-mais-qu’importe par l’université, je finis par trouver la fameuse Embassie où je reçois un accueil si chaleureux que je me sens beaucoup plus à la maison que dans une auberge de jeunesse. Il faut dire qu’après ma désagréable expérience d’hostel à Oxford, on partait de loin. Mais là, je me retrouvais dans une grande chambre au grenier avec des vrais meubles, des vraies lampes et à peine deux co-chambreuses, une vraie salle de bain, une vraie cuisine, thé-café-tartines à volonté 24h, des propriétaires disponibles et heureux de partager leur amour pour la ville. Bienvenue à Liverpool.

Ce premier soir, je me suis baladée un peu dans la ville, puis me suis enfoncée dans les profondeurs de la terre à la conquête de la fameuse Cavern, reconstitution du bar où les Beatles ont joué plus d’une centaine de fois. Jeunes et moins jeunes venus de partout dans le monde se trouvaient rassemblés dans la touffeur joyeuse de l’endroit. Je n’étais pas trop d’humeur à « me faire des amis » alors je me suis contentée d’une bière et de quelques covers, dont Here comes the sun – qui me fait encore et toujours penser à Éric -, Yesterday et Eight days a week. Il y avait quelque chose de très particulier à me trouver à cet endroit. L’impression d’être à quelque part d’important, de déterminant, même en sachant que ce n’était pas la vraie de vraie Cavern.

Au déjeuner le lendemain, j’ai fait la connaissance de Hannes et de Marie, tous deux Allemands, qui m’ont invitée à me joindre à eux pour aller sur les docks, là où se concentrent de nombreux musées importants. Cette journée où je me suis finalement fait des amis est aussi connue sous le nom de « la journée où on ne s’est finalement jamais rendus aux musées », mais ce n’était pas plus mal. Nous avons d’abord fait escale à l’impressionnante église anglicane où nous avons fait l’ascension de la tour, à 100 mètres d’altitude, et profité d’une superbe vue sur la ville. Puis Marie avait faim et finalement Hannes et moi aussi, alors nous avons bifurqué vers le quartier chinois pour y dîner; puis nous sommes passés par Bold street, rue commerçante très « cool », un peu bobo, où nous sommes entrés dans plusieurs boutiques, en alternance vraiment et faussement vintage, car Hannes se cherchait un manteau de jean. Enfin, nous nous sommes rendus sur les docks, mais là il y avait un défi Redbull de wakeboard et c’était pas pire impressionnant alors nous sommes restés là à prendre un café et à regarder la compétition. Et là il était déjà 17 heures et les musées étaient fermés, c’est ça l’histoire. Nous nous sommes tranquillement redirigés vers l’hostel, mais en chemin Marie et moi nous sommes laissées tenter par une crème glacée, puis nous avons fait la rencontre d’un musicien jouant du piano de rue, fait un petit saut au très beau Philarmonic, soi-disant le bar favori de John Lennon et Paul McCartney; puis avons fait un dernier arrêt dans une petite église dont le toit a jadis été détruit sous les bombes mais dont les murs sont demeurés intacts, et qui accueillait à ce moment une petite expo de graffitis divers autour du thème « Love » - nous l’avons donc baptisée Love Church mais il s’agit en fait de St Lukes (plate de même). Il y a aussi des tables et des bancs à l’intérieur des murs, des jeux de société et des raquettes de badminton et des volants. Alors nous avons joué au badminton dans la Love Church à Liverpool. J’ai ce soir-là réexpérimenté la vie nocturne de cette ville qui fait la fête tous les soirs, et il était particulièrement agréable de le faire avec de la compagnie!

(Rassurez-vous, je ne ferai pas 400 mots pour chaque jour.)

Jour 2, Marie travaillait à l’hostel et Hannes et moi avons convenu de nous reprendre pour les musées; il voulait voir celui de l’esclavage et moi le Museum of Liverpool Life. Je vous dis tout de suite que nous y sommes parvenus, mais il faisait un temps magnifique alors nous avons pris le temps de bien nous balader avant, et de prendre un café sur la terrasse du magnifique Carpathia avec magnifique vue sur le port. Ai-je dit magnifique? Car vraiment, ça l’était, et nous avions peine à croire qu’on nous avait laissés entrer dans cet hôtel super-chic pour accéder au secret le mieux gardé de Liverpool – oups, plus maintenant… Après les musées, re-balade dans la ville, arrêt au marché puis petite bouffe à l’hostel. Je n’avais pas réalisé, mais c’était la première fois que je cuisinais depuis mon arrivée (!) et mon portefeuille a beaucoup aimé l’idée, que j’ai reproduite à plusieurs reprises depuis. Je ne dis pas que je mangeais toujours au resto jusque-là, mais j’avais pris l’habitude d’acheter des sandwichs ou des salades dans les épiceries. Pas la grande gastronomie, je vous l’accorde.

Autre grand événement : j’ai fait une brassée de lavage! Comme à la maison, je vous dis. Cuisiner, faire du lavage… plus qu’un petit lavage à la main en tout cas. Je me sentais donc d’attaque pour la prochaine étape : York.

Mais avant, petit regard rétrospectif sur Liverpool, lovely Liverpool. Au fil de mes pérégrinations, j’en suis venue à penser qu’il y a plusieurs manières d’apprécier une ville, et peut-être que j’aurais dû avoir ceci en tête dès le début, dans ma recherche de la ville parfaite (pas parfaite) pour moi. J’ai rassemblé les critères en trois grands groupes, que voici.
1. On peut apprécier une ville pour sa beauté, son style : son architecture, ses parcs, ses jardins, ses ponts, ses édifices, ses églises…
2. On peut aussi apprécier une ville par l’expérience qu’on en fait : goûter ses spécialités, écouter ses musiciens, visiter ses musées, prendre un verre dans ses bars…
3. Et enfin, on peut apprécier une ville grâce à des circonstances qui ne lui appartiennent pas tout à fait, et qui ne seront pas nécessairement, ou nécessairement pas, réunies la prochaine fois qu’on y mettra les pieds. Hannes et Marie ne seront nécessairement plus là si je retourne à Liverpool. Il ne fera pas nécessairement aussi beau et il serait très étonnant que je rencontre à nouveau le pianiste ambulant, qu’il se tienne à nouveau une compétition de wakeboard dans le port ou que la Love Church abrite encore la Love exhibition. J’ai adoré mon séjour. Liverpool est vibrante, plurielle, fortement marquée par son histoire portuaire/industrielle, recyclée en métropole bouillonnante de culture. Lovely Liverpool. Mais je crains de trouver qu’il lui manque quelque chose si j’y remets les pieds, du moins pour l’instant. Je n’oserais la choisir pour y habiter.

Comme j’avais bien apprécié mes deux journées avec Hannes et que celui-ci n’avait pas de plans très définis pour la suite de son voyage, nous avons décidé de nous rejoindre à York.

Vient le moment où je m’en veux de n’avoir pas écrit plus que ça pendant mon séjour à York. Égarées les premières impressions, vous devrez vous satisfaire de celles que j’en garde après plusieurs semaines, et moi de même. Très belle York, ville ceinturée de murs de pierre et entourée d’eau; ville sinueuse aux vieux bâtiments très singuliers, dont les étages supérieurs débordent des étages inférieurs; ville aux mille et un musiciens de rue, aux fanions colorés partout suspendus, aux jolies boutiques et gens sympathiques. Hannes et moi avons fait un petit tour guidé, arpenté les murs de la ville, essayé plusieurs cafés, fait la sieste dans les jardins, pris un savoureux cocktail au « spot à Johnny Depp » où nous avons rencontré quelques locaux. Petits jours tranquilles.

Je dois dire ici que de partager le voyage avec quelqu’un après des semaines en solitaire m’a quelque peu confrontée à moi-même, et à l’idée que je me faisais de mon voyage. Je crois que je glorifiais le fait de voyager seule, y trouvant une certaine force de caractère. Ce n’est pas tout faux, bien sûr, mais la liberté, l’autonomie, la solitude facilitent en fait bien des choses. Jamais nos choix, nos souhaits ne doivent être proposés/approuvés par « l’autre ».  Je me suis redécouvert une certaine impatience, un certain désir de contrôle, que j’ai dû réapprendre à modérer. Réapprendre à coexister, à dire « maintenant il faut que je m’arrête, maintenant il faut que je mange quelque chose, maintenant il faut que je passe un peu de temps seule (ou je vais devenir très désagréable – euh non, pas ça) ».

Malgré les petits irritants, il est aussi très précieux d’avoir quelqu’un à qui dire « regarde comme c’est beau », à qui raconter les petites choses qui nous passent par la tête, à qui dire qu’on est triste de ne pas être présente pour cette amie qui vient d’avoir une mauvaise nouvelle, ou pour celle-là avec qui on voudrait fêter un événement heureux. Quelqu’un à qui parler de notre famille, de notre chat, de notre insécurité par rapport à cette ville où très bientôt on devra choisir d’habiter.

Et puis Hannes me forçait à faire des trucs un peu hors de ma zone de confort, comme de rentrer dans l’hôtel chic de Liverpool pour voir si on ne pouvait pas accéder à la terrasse, ou passer par ce « raccourci » incertain, aborder des gens. N’est-ce pas là un atout non négligeable chez un compagnon de voyage?

Bref, nous avons poursuivi notre route à trois (Hannes, mon sale caractère et moi) jusqu’en Écosse, pour trois jours à Édimbourg puis un jour à Glasgow, après quoi Hannes rentrait en Allemagne. Parenthèse : Hannes parle d’abord allemand, puis très bien anglais, et se débrouille en français. Pour pratiquer son français, nous avons passé les premiers jours à parler exclusivement français entre nous. Puis il est apparu que je ne pratiquais plus du tout mon anglais, alors à Edimbourg nous avons convenu de revenir à l’anglais, ce qui a duré 2 jours, après quoi Hannes me parlait français et je lui répondais en anglais. Étonnamment, tout ceci s’est fait assez naturellement!

Donc Edimbourg : quelle ville élégante! Si nous n’avons pas visité son château ($$ ou devrais-je dire ££), nous avons néanmoins bien arpenté sa vieille ville, son Royal Mile, ses jolies rues et boutiques. Un après-midi où nous avons fait chacun notre chemin, je me suis trouvée à visiter la St Giles Cathedral, qui je crois est ma nouvelle église préférée, déclassant du coup la Sagrada Familia, ce qui n’est pas peu dire. Si la SF m’a marquée par sa luminosité, je pense que St Giles m’a touchée par sa chaleur. Ses colonnes massives, son toit en ogives, ses vitraux aux couleurs chaudes, dorées, ses nombreux drapeaux, fièrement suspendus, représentant les différents grands clans écossais. Je ne suis pas vraiment croyante, mais depuis cette visite je dois avouer que je « fréquente » les églises plus assidument, y recherchant ce très grand calme, cet espace pour m’arrêter, me redéposer en moi-même, écrire. J’ai noirci de nombreuses pages dans les églises ces dernières semaines.

Ce même jour où j’ai visité St Giles, je me suis rendue sur Carlton Hill, une colline surmontant la ville, rappelant l’acropole d’Athènes et offrant une vue imprenable sur les environs : oui la ville, ses beaux toits, son château, mais aussi la mer et la campagne, vraiment pas si loin que ça. Après une journée assez grise, digne d’Édimbourg, j’ai eu droit à une très belle éclaircie et à une lumière splendide pour terminer la journée.

(C’était le 6 septembre et je n’ai pas rouvert mon parapluie depuis. Je me sais très chanceuse!)

Hannes et moi logions alors dans un hostel de qualité discutable, mais dont le principal intérêt était sans doute qu’il s’agissait d’une ancienne église – décidément! Notre dernier jour à Édimbourg, nous avons résolu d’explorer un peu ses environs avant d’aller prendre notre train pour Glasgow. Note : je suis une adepte de Lonely planet, mais je dois dire que pour les trouvailles moins touristiques/incontournables, je reste bien souvent sur ma faim. Il est vrai que pour couvrir toute la Grande-Bretagne en un seul volume, et pour que ce volume ne pèse pas des tonnes, il faut couper quelque part… Mais bref, nous avons eu la main très chanceuse ce jour-là, en tombant par hasard sur le Dean Garden, magnifique sous-bois longeant une petite rivière où se trouvait jadis un moulin, et nous faisant oublier totalement qu’on se trouvait « en ville ». Belle lumière de septembre, bruissement de rivière, nature encore très verte, très vive. Puis nous avons débouché sur un secteur plus résidentiel, où se tenait un très charmant marché du dimanche, avec producteurs locaux, bouffe de rue, musicien talentueux, familles, chiens, cupcakes, bonheur. Nous avons dîné là, pratiquement assis par terre, au milieu de ce brouhaha chaleureux, à écouter, sentir, goûter. Un moment plein.

Étonnamment, nous avons très peu senti la « vibe » pré-référendaire à Édimbourg. Quelques « Yes » dans les fenêtres, quelques macarons, quelques autocollants de « No thanks » sur les poteaux électriques, mais sans plus, si ce n’est que les journaux en faisaient grand cas, avec raison (le yes ayant finalement pris la tête dans les sondages). Une fois à Glasgow, dont la population se veut historiquement plus prolétaire, plus revendicatrice, et peut-être aussi parce que la date fatidique approchait encore plus, nous avons beaucoup plus senti une effervescence monter. Par ailleurs, nous y avons rejoint à Guillaume, ami d’amie, réalisant un documentaire sur les communautés d’immigrants et leur implication (très importante) dans la campagne du Yes. Il va sans dire que par lui j’ai beaucoup appris sur la situation et les enjeux. Ah, et j’ai eu mon macaron Yes :D

Figurez-vous qu’avant d’arriver à Glasgow, on m’avait plus d’une fois mise en garde contre cette ville, une des plus violentes au UK, au nombre record de gens poignardés! Ceci est sans doute imputable à son passé, oui, plutôt turbulent, mais je vous rassure, il fait bon vivre à Glasgow. C’est précisément l’impression que j’ai eu de la ville : une ville où l’on vit. Après nombre de belles villes aux multiples charmes et attraits touristiques, Glasgow m’a parue vivante, authentique, sans prétention, bien que belle également, à sa manière.

Glasgow : encore du beau temps, un dîner dans Kelvingrove Park avec Guillaume, son amie écossaise Carla, la fille de celle-ci, et des amies à elles – d’où l’impression d’un endroit où l’on vit, sans doute -, une brève visite à l’improbable et décousu Kelvingrove Art Gallery & Museum, deux matchs de foot plutôt qu’un - pour faire plaisir à Hannes -, un afternoon tea – pour me faire plaisir à moi -, une visite nocturne à Queen’s Park – 5 lièvres et 1 renard! -, puis les adieux à Hannes, puis du temps à moi, à ne plus trop savoir comment on le remplit.

Ne me sentant pas prête à décider de ma destination finale, et ayant envie de voir autre chose que les deux principales villes d’Écosse, je me suis laissée tenter par un petit séjour dans les Highlands, à Glencoe – tristement célèbre pour un certain massacre y ayant eu lieu, mais autrement plus célèbre par son décor magnifique au milieu de montagnes majestueuses et en bordure d’un loch dont le nom m’échappe. Je craignais un temps frais, voire froid, étant plus au nord, mais au contraire, j’ai eu droit à un temps magnifique, ensoleillé, plutôt chaud (20-22 degrés). J’aspirais à profiter de mes trois jours là pour lire et écrire, mais finalement je me suis simplement baladée dans le glen, y ai fréquenté assidument le délicieux Glencoe Café, fraternisé avec des Français, des Allemands, une Slovénienne (ça se dit?).

Puis parce que je ne pouvais plus continuer de toujours monter plus au nord, parce que la vraie vie, même si ma vie d’aujourd’hui ne me semble avoir rien en commun avec la vraie vie que j’ai laissée à Montréal; parce que travailler, tout de même, parce qu’il le faut. Parce que tout ce qui monte doit redescendre, j’ai pris cet autobus et, pour la première fois après plus d’un mois, je suis revenue sur mes pas. Suis redescendue jusqu’à Glasgow, où j’ai passé une petite poignée d’heures (et ai eu la grande chance de me fondre dans une manifestation du Yes, ô combien grisante et un peu émouvante pour la petite Québécoise que je suis), ai pris un autre interminable autobus jusqu’à Manchester, où j’ai fait halte le temps de deux nuits; où j’ai fait la charmante rencontre de Cornelia – Allemande elle aussi, étudiante en littérature anglaise elle aussi; il me semble rencontrer quelques patterns sur ma route!); où j’ai fait la moins charmante rencontre d’un gars de Toronto à qui j’ai tenté d’expliquer que je n’avais pas l’impression d’appartenir au même pays que lui; où j’ai visité l’impressionnante John Rylands Library – un réel temple du livre!; où j’ai fait l’agréable découverte d’une ville envers laquelle je n’avais aucune attente, que je n’avais choisi de visiter que parce qu’elle coupait ma route en deux parties plus ou moins congrues, et que bon, Manchester est tout de même la deuxième ville d’importance en Angleterre. Puis suis encore redescendue, encore dans un interminable autobus, cette fois jusqu’à Bristol, pour quelques jours, le temps de mettre en fonction mon téléphone, de visiter une gallerie d’art, de rencontrer quelques connaissances, car figurez-vous que j’ai maintenant quelques connaissances ici!

Et puis, et puis : je pars cet après-midi pour Bath, que j’ai finalement élue « ville où je déposerai mes sacs et tenterai de reconstruire un petit quotidien ». Je ne dirai pas « tout bien pesé », car à un certain moment j’ai arrêté de réfléchir à tous ces pour et ces contre, et j’ai simplement opté pour cette ville pour laquelle j’avais eu un coup de cœur, où je m’étais sentie bien dès que j’y avais mis les pieds, pour les nombreux cafés et boutiques où j’envisage déjà d’aller porter mon CV, pour son aura mythique et littéraire, pour les scones du tea room du Centre Jane Austen – les meilleurs que j’aie goûtés -, pour l’Avon, pour l’architecture magnifique, et pour tout ce qu’il me reste à découvrir de cette ville pas si grosse que ça, mais qui je pense me conviendra.